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Arts visuels

La tapisserie du général San Martín : histoire d’une restauration. Chefs d’œuvre de la manufacture des Gobelins, au Museo Nacional de Bellas Artes.

Le Musée national des Beaux-Arts présente du 8 mai au 19 août, l’exposition « La tapisserie du général San Martín : histoire d’une restauration. Chefs d’œuvre de la manufacture des Gobelins » qui rassemble la célèbre tapisserie du Libérateur traversant les Andes et des pièces anciennes, modernes et contemporaines signées entre autres par  Joan Miró, Fernand Léger, Sonia Delaunay, Antonio Seguí y Alicia Penalba, provenant de la collection du Mobilier National.

Avant son retour à la Casa Rosada, le Musée présentera “Le général San Martín au passage des Andes” tissée par la manufacture des Gobelins entre 1911 y 1914, et restaurée cette année grâce au soutien du Groupe PSA Argentina.

La tapisserie fut offerte par la France à l’Argentine en 1916 à l’occasion de son Centenaire de l’Indépendance. Elle représente le Général José San Martin à cheval triomphant entouré de son armée au passage des Andes. Le carton de la tapisserie fut peint par Alfred Roll (1846-1919), un des artistes officiels de la Troisième République et responsable du renouvellement de la peinture historique. Dans l’iconographie de San Martin, cette image occupe une place toute particulière. Ce cadeau diplomatique est arrivé en Argentine en 1917 sous la présidence de Hipólito Yrigoyen, et fut installé dans un des plus prestigieux espaces de la Casa Rosada : l’escalier qui conduit aux salons de réception et au bureau du président.

En mars 2017, la tapisserie fut décrochée et envoyée à Paris grâce au mécénat exclusif du Groupe PSA Argentina, Peugeot, Citroen et DS Automobiles. Dans les ateliers de la manufacture, des restaurateurs spécialisés ont effectué un minutieux travail de nettoyage et mise en valeur. Puis, la tapisserie a été exposée au public dans la Galerie du Mobilier National avant d’entreprendre son retour en Argentine où elle sera présentée au Musée national des Beaux-Arts avant son emplacement à son espace d’origine.

Les manufactures de tapisseries des Gobelins et de Beauvais 

Dans le faubourg Saint-Marcel où coulait la Bièvre, ruisseau aux eaux réputées pour ses qualités tinctoriales, Jehan Gobelin établit au milieu du XVe siècle un atelier de teinture qui connut un grand succès. C’est à cet emplacement que fut fondée en 1662 la manufacture royale de tapisseries qui tire son nom du célèbre teinturier. Sa production était destinée à décorer les demeures royales ou à devenir des présents diplomatiques. Deux ans plus tard, Louis XIV établit la manufacture royale de tapisseries de Beauvais, entreprise privée bénéficiant de la protection du roi. Elle entendait répondre à la demande grandissante d’une clientèle privée et limiter l’importation de tapisseries étrangères.

Caractérisées par leur aspect monumental et leur souplesse, les tapisseries se présentaient sous forme d’ensembles. Lorsque ces ensembles appartiennent à un même cycle, on parle de tentures. Ces ensembles tissés étaient accrochés dans des pièces de représentation et permettaient de changer rapidement de décor. Les tapisseries étaient aussi suspendues lors de cérémonies, cortèges, fêtes, spectacles particuliers liés à la liturgie ou donnés en l’honneur du souverain et de sa famille. Au XVIIIe siècle, les usages de la tapisserie ne changèrent pas et l’engouement de la royauté pour les productions originales des Gobelins inaugura un véritable âge d’or pour la manufacture. La manufacture de Beauvais fut elle aussi particulièrement dynamique pendant le siècle des Lumières et bénéficia d’une clientèle de plus en plus internationale.

Après avoir été éprouvées par la Révolution française en 1789 et ses conséquences, les manufactures des Gobelins et de Beauvais furent relancées par Napoléon pendant le Consulat et l’Empire. Au XIXe siècle, elles ont oscillé entre différents statuts : impériales, royales ou nationales, ce qui n’a pas été sans influencer leurs productions. La deuxième moitié du XIXe siècle a vu le ralentissement des productions de tentures. De plus en plus de pièces uniques sont sorties des manufactures. Dès 1871, après la chute du Second Empire, les créations des manufactures des Gobelins et de Beauvais reçurent de nouveaux usages : décorer les édifices publics, les grandes institutions de la capitale comme celles des villes de province. Leurs thèmes évoluèrent en fonction de ces lieux d’exposition désormais plus variés. Leur format eut tendance à diminuer.

Au XXe siècle, ce fut aussi au tour des Modernes de faire leur apparition sur les métiers à tisser. On commença à tisser d’après les oeuvres de  Matisse, Picasso, Miró.

Pendant longtemps les productions des manufactures avaient été représentatives d’un goût « officiel » ou en tout cas à la mode, qui plaisait au plus grand nombre. Après la Seconde Guerre Mondiale et une volonté commune à de nombreux artistes de tourner le dos à la figuration, les manufactures commencèrent à tisser l’abstraction.

C’est aussi à partir du XXe siècle, surtout après les années 1950, que les deux manufactures invitent des artistes internationaux à fournir des modèles qui ont été traduits en tapisserie.

Enfin le XXIe siècle s’est parfaitement affranchi d’une vision réductrice et prouve continuellement qu’un savoir-faire multi-séculaire peut rimer avec innovation.  L’inventivité de l’artiste et du licier est évidemment toujours au rendez-vous. En choisissant de travailler avec des artistes majeurs de leur époque, français comme internationaux, les manufactures s’inscrivent dans l’actualité culturelle et démontrent leur dynamisme.

L’exposition est ouverte au Museo Nacional de Bellas Artes (Av. del Libertador 1473) juqu’au 19 aout, du mardi au vendredi de 11 à 20h, samedis et dimanches de 10 à 20h dans les salles 31, 32 et 33 du musée (1er étage)

 

08/05/2018 19:00 - 19/08/2018

Lieu : Museo de Bellas Artes, premier étage, salles 31, 32  et 33

Date :  Du 08/05/2018 au 19/08/2018

Horaires : Du  mardi  au vendredi, de 11h à 20h,  et  les samedis et dimanches, de 10h à 20h

Entrée : Libre y gratuite

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